Les mousquetons HMS en secours

Question : Afin de dissiper les questionnements de certains sauveteurs, la CVT peut elle donner la position du Spéléo Secours Français quant à l’utilisation des mousquetons de type HMS dans le strict cadre du secours spéléo? Doit-on, ou ne doit-on pas, les utiliser? Merci.


HMS, « Halb Mastwurf Sicherung » en allemand et « Half Middle Snap » en anglais, est une appellation qui s’applique aux mousquetons conçus pour accueillir des nœuds volumineux comme le demi-cabestan également appelé nœud italien. Il s’agit d’un type de mousqueton particulier, classifié par le normalisateur, comme faisant partie du type H (parfois aussi appelé classe H) applicable aux connecteurs, développés pour l’utilisation de ce nœud de freinage, qui permet et facilite son retournement, grâce à sa forme plus ou moins symétrique et sa grande largeur.

De par cette forme évasée, ce type de mousqueton HMS tend naturellement à être plus fragile que la majorité de ses confrères. Il est en effet, avant tout, conçu pour un usage dynamique, où il est un des éléments actifs du frein employé́. Ce type de connecteur n’est pas prévu pour un travail sous contrainte de charge statique ou pour subir une contrainte mécanique forte sur ou à proximité de son doigt d’ouverture. Pour être concis, avant de mieux entrer dans les détails de ses choix, le SSF proscrit l’emploi de mousquetons HMS pour deux type d’applications secours bien particulières:

  • L’accroche de la civière
  • Comme mousqueton principal d’un répartiteur de charge

Ce que recommande le Spéléo secours français en matière de connecteurs :

1. Pour l’accroche de la civière

Dans le manuel du Sauveteur de 2005, le SSF ne recommandait pas un type de mousqueton particulier en tête de civière mais préconisait juste l’emploi de mousquetons à mode de verrouillage auto-lock, soit des mousquetons automatiques nécessitant deux mouvements pour en libérer l’ouverture. Ce mode de fermeture protège en effet mieux d’un risque intempestif d’ouverture, notamment lorsque le mousqueton est contraint à subir un quelconque frottement ou touché sous un effort continu de traction.

Il convient de considérer qu’un connecteur de tête de civière, peut, en plus de se voir soumis à des frottements parfois violents, se trouver également occasionnellement contraints à supporter un travail en porte à faux. Il peut, plus régulièrement encore, se voir sollicité par des contraintes d’efforts opposées (corde de traction / corde de retenue) menant parfois à des tensions, directement appliquées sur le doigt même du mousqueton.

Ces éléments amènent aujourd’hui la Cellule de veille technique du SSF à préconiser l’emploi de mousquetons de type K en tête de civière :

  • Ces mousquetons sont, en effet, de forme et résistance plus élevées que la moyenne,
  • Ils acceptent, entre autres, des efforts de travail en porte-à-faux défavorables.

Attention : ils présentent, sur le marché, deux modes de verrouillage de leur doigt :

  • automatique par simple pression (pour leur très grande majorité). Ce qui n’est pas suffisamment sécurisé pour un emploi en tête de civière,
  • Manuel avec un dispositif nécessitant deux mouvements pour libérer leur ouverture. Des modèles très peu nombreux sur le marché qui s’imposent en secours pour garder le point d’attache principal de la civière sécurisé au mieux.

2. Pour la mise en œuvre d’ateliers montés sur répartiteurs de charge (soit au moyen de trois points d’ancrages distincts, unis par un mousqueton principal).

Pour ces montages, l’union des trois points d’ancrages s’effectue au moyen d’un mousqueton principal qui doit être sûr et pouvoir évoluer librement. La Cellule de veille technique précise qu’il est judicieux, à chaque fois que cela est possible pour cet emploi, de préférer porter ses choix :

  1. Vers une forme de mousqueton, plutôt asymétrique, soit de type B ou D, qui facilite naturellement l’orientation des efforts vers la partie plus résistance du connecteur.
  2. D’opter pour le choix d’un mousqueton avec un évasement plutôt limité sur sa partie basse. Ce qui tend à favoriser l’enserrement des passages de corde du répartiteur en assurant ainsi un freinage plus efficace et plus dynamique sans effets de choc ou presque en cas de rupture d’un des points d’ancrage du répartiteur.
  3. D’opter pour un mousqueton muni d’un dispositif de verrouillage fiable, c’est-à-dire non bloquant pour l’ouverture de son doigt si celui-ci est manuellement serré avec l’atelier en fonctionnement (soit sous contrainte de charge).

Ces installations, sont généralement réalisées en vue de recevoir une terminaison de tyrolienne, un palan, un contrepoids, un balancier ou tout autre équipement utilisé pour un déplacement de civière, avec de potentielles fortes tensions au cours de leur mise en œuvre. En ce cas, il est évident qu’aucun type de travail en porte-à-faux du mousqueton principal n’est envisageable ou acceptable.


Dans tous les cas, tant pour la tête de civière que comme mousqueton principal sur un répartiteur de charge, le recours à un connecteur de type H (soit en forme de poire plus ou moins symétrique) est totalement proscrit par le SSF. Notamment, à cause de la pente faible ou quasi inexistante que présente ce type de mousqueton HMS sur sa partie basse évasée.

Sur cette vidéo, l’installation présente un défaut d’axe de travail, appliquée à un mousqueton HMS  positionné sur l’ancrage de gauche. Le résultat de la mise en tension montre alors une rupture du mousqueton incriminé pouvant se produire à quelques 1240DaN seulement, soit bien en dessous de la résistance imposée par les normes applicables. A noter que le résultat est toujours le même : rupture du HMS qui présente un défaut d’axe de travail et ce quel que soit la marque de mousqueton HMS essayé dans cette même configuration.

Détourner de son emploi normal un mousqueton HMS en mousqueton principal de répartiteur sur un atelier à forte contraintes de tensions (tyrolienne, palan, contrepoids…), reviendrait à faire subir à ce seul mousqueton l’effort statique applicable à l’atelier, augmenté de la charge d’un éventuel régulateur longé en suspension ou celle de tout autre installation additionnelle (poulie de renvoie, équipier supplémentaire…) également frappée dans ce même mousqueton principal. Avec le risque d’appliquer des charges additionnelles désaxées vers le doigt d’ouverture même du mousqueton HMS employé, doigt du mousqueton qui, justement sur ce type  de connecteur (défini comme de type H), est particulièrement faible (beaucoup plus que sur les mousquetons de types B, D).


Pour aller plus loin :

En matière de mousquetons, la Certification EN 12275 précise qu’il existe six types de dénominations applicables aux mousquetons du marché (B, D, X, H, K, Q). Sur le terrain, il convient d’être attentif car l’indication du type du mousqueton n’est malheureusement pas toujours très simple à trouver. En effet, elle n’est pas, par exemple, d’apposition obligatoire sur le mousqueton lui-même pour les mousquetons d’usage courant de type B ou D ; d’autres fois, elle est uniquement précisée dans le contenu même de la notice utilisateur qui accompagne le produit.

  • Classification des mousquetons par la certification applicable
B:
Mousquetons pour les usages courants



Ces mousquetons sont, classiquement, de type asymétrique et à vis pour nos usages secours. Ils possèdent une pente très marquée ayant pour effet de naturellement ramener – à l’effort – la corde contre le grand axe du mousqueton. La force est donc exercé sur la partie la plus forte du mousqueton, dans la position la plus favorable.
D:
Mousquetons directionnels


Ces mousquetons sont de forme légèrement dissymétrique. Ils  sont à diamètre équivalent,  plus résistants que les mousquetons en poire (de type H), car la traction s’exerce sur ces modèles, au plus prés du grand axe du mousqueton.
X :
Mousquetons de forme ovale aux deux côtés parallèles, et dont la largeur est constante

Ces mousquetons sont de forme symétrique. Ils séparent naturellement un nouage de la paroi lorsque le mousqueton est en appui sur celle-ci. Ils orientent mieux un équipement tel qu’une poulie fixe ou un poulie bloqueur monobloc vers son axe idéal de travail. Ces mousquetons ont toutefois la particularité d’être moins résistant, doigts ouvert que leurs confrères de type D, asymétriques.
H:
Forme de poire plus ou moins symétrique, conçus pour l’assurage au demi-cabestan ou avec frein

Tel que précisé par ailleurs, ce type de mousqueton HMS tend naturellement à être plus fragile que la majorité de ses confrères pour nos usages secours. Le SSF proscrit l’emploi de ce type de mousqueton au rôle et à la fonction de mousqueton principal sur un répartiteur de charge.

K :
Klettersteig qui signifie via ferrata en allemand. Ces mousquetons sont de forme et résistance permettant des efforts en porte-à-faux défavorables.

Attention : Nombre de mousquetons de type K présentent un doigt qui ne se ferme pas en vissant mais uniquement par une simple pression. Ce type de fermeture n’est pas idéal pour en emploi en tête de civière.

Q :
Quick-link, ce sont les maillons rapides homologués pour l’escalade et l’alpinisme
Non employés en secours, ils ne sont pas évoqués ici.

  • Caractéristiques des mousquetons de type K   (Klettersteig, en allemand = via ferrata).

    Ils présentent une ouverture de 16 mm, une résistance grand axe doigt fermé d’un minimum de 25 kN. L’UIAA demande un test complémentaire de résistance de 8 kN lorsque celui-ci est placé en porte-à-faux sur une arête tranchante.
    A noter : que de par la norme applicable, le fabricant n’a pas d’obligation de préciser une résistance doigt ouvert pour ces mousquetons de type K. Il s’agit d’une particularité propre à ce type de mousquetons.

  • Quelques exemples de mousquetons adaptés ou pas pour un emploi en tête de civière:
AM’D Petzl : EN 362 : 2004 Type B (base), EN 12275 : 2013 type B (base) ou H (HMS)

N’étant pas de type K, il ne s’agit pas d’un mousqueton idéal pour la tête de civière.

Il est par contre compatible et adapté à un emploi en mousqueton principal de répartiteur de charge comme tous ses confrères de type B présentant un dispositif de verrouillage manuel ou automatique.


VERTIGO TWIST-LOCK Petzl : EN 12275 types B (base) / K (via ferrata).

De type K, il s’agit d’un mousqueton idéal pour la tête de civière, également compatible comme mousqueton principal de répartiteur de charge*.


Ferrata Auto Block / Ferrata Twist Lock :
CE EN 362/B CE EN 12275/K UIAA

De type K, il s’agit d’un mousqueton idéal pour la tête de civière, également compatible comme mousqueton principal de répartiteur de charge*.


*A noter que ces mousquetons, ici précisés compatibles à un emploi comme mousquetons principal de répartiteur de charge, ne sont pas les plus communément employés à cet usage. En effet, ces modèles de type K s’avèrent plus coûteux, sont peu nombreux avec des dispositifs de verrouillage double action, sont plus lourds et bien souvent moins pratiques à l’usage (maniabilité et retournement) que leurs confrères de type B, parfaitement adaptés à cet emploi dés lors qu’ils sont munis d’un dispositif de verrouillage

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