La Dyneema en secours

En référence à un stage que nous avons pu suivre en France, nous souhaiterions introduire la Dyneema chez nous sur le domaine du secours : Une Dyneema nouée en boucle pour l’évitement des frottements sur un répartiteur de charge  trois points.

Quel est dernier nœud conseillé du spéléo-secours français pour la construction de la boucle Dyneema. Il y a-t-il des tests en rapport ?

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La cellule de veille technique (CVT) du SSF fait le choix de formuler une réponse allant bien au-delà de la question posée, cela dans le simple but de faire le tour des utilisations possibles pour ce type de cordelette en secours, ce qui n’a pas été fait auparavant.

Afin d’éviter toute ambiguïté sur les pratiques enseignées, le SSF tient à préciser qu’il ne préconise aucunement, de son côté, la fermeture d’un anneau répartiteur de charge par un nœud de huit tressé, comme peut le montrer le schéma contenu dans la question posée. Le SSF préconise en effet, depuis juin 2004, la fermeture des répartiteurs de charges par un nouage de type queue de vache de plein-poing. Ce point a déjà en son temps fait l’objet d’une documentation technique du SSF, ici consultable. Avec aujourd’hui près de 15 ans de recul, le SSF ne peut que confirmer ce choix technique judicieux.

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Concernant la cordelette de 5 mm, 100% Dyneema (âme et gaine), le SSF limite son emploi en secours :

– au ceinturage d’amarrages naturels,

– à son insertion dans les lunules, en vue de réaliser un amarrage,

– en vue de réaliser une allonge, notamment lorsqu’il convient de réduire la distance entre un point d’ancrage et l’une des ganses d’un répartiteur.

Il est en effet inutile, voire contre productif, d’avoir des ganses d’une longueur supérieure à 50 cm dans la construction d’un répartiteur. Cela n’offre aucune logique sécuritaire, cela déséquilibre la répartition des efforts à charge des points d’ancrage les plus proches et augmente l’effet dynamisant (sur la mise en œuvre d’une tyrolienne, par exemple).

Dans tous les cas, pour ces différents besoins, la cordelette Dyneema :

  • sera toujours employée de préférence en double (c’est-à-dire en anneau noué),
  • se verra a minima fermée par un nouage en huit de plein-poing, au mieux pré-tendu (comme indiqué sur le schéma présent dans la question),
  • présentera toujours 15 cm minimum de longueur sur les brins morts dépassant, au-delà de son nouage de fermeture.

En terme de tests et de résistance : Nous disposons, au travers d’études menées par la commission enseignement de la FFS, de résultats de tests effectués sur un anneau de Dyneema fermé par un nouage au moyen d’un simple nœud en huit de plein-poing. Ce montage procure une résistance moyenne de l’anneau de l’ordre de 970 DaN (voir tableau ci-dessous).

Test 109 : Anneau fermé avec un nœud en huit de plein-poing (pré-serré) – Traction lente Dyneema stockée depuis plusieurs années, non délubrifiée, non utilisée. Valeurs en DaN.

Echantillons Test 1g Test 2g Test 3g Moyenne
Retournement 890 579 720 970,00+/- 3 %
Glissement final etrupture 940 1000 970

Tests réalisés en 2004, exclusivement sur de la cordelette 100% Dyneema (âme et gaine) produite par la société Béal. Depuis, les caractéristiques ont été améliorées et d’autres fabricants produisent également ce type de cordelette.

En secours, ce niveau de résistance moyen obtenu sur un anneau de Dyneema est considéré comme correct et suffisant pour la réalisation de l’ancrage d’un point d’un répartiteur. Cela, tout aussi bien pour éviter un point de frottement de la corde du répartiteur que pour faire usage dans une lunule ou encore en tant qu’allonge au regard de l’une ou l’autre des ganses qui forment le répartiteur. Le SSF considère également conforme la réalisation d’un répartiteur uniquement monté, avec pour intermédiaires, des anneaux de Dyneema qui assurent une liaison vers des ancrages pleinement indépendants et distants, qu’ils soient de type mécaniques, naturels ou forés.

A titre d’information et pour comparaison, il est fréquent de trouver en emploi sur un répartiteur de charge  un ou plusieurs ancrages de type mécanique tel qu’un ensemble « spit/plaquette/mousqueton ». Dans cette configuration, il est intéressant de savoir que la résistance individuelle de l’ensemble « Ancrage », impossible à mesurer in situ en terme de résistance sans équipement particulier, peut parfois être bien moindre que celle conférée par l’emploi d’un anneau Dyneema fermé d’un nouage en huit de plein-poing. En exemple, des tests aléatoires ont parfois pu montrer des arrachements de filetages fortement usés à des valeurs ne dépassant pas les 300 DaN !

Enfin, lorsqu’un doute subsiste dans l’esprit d’un utilisateur envers la tenue d’un anneau en Dyneema:

  • apposé au contact d’un point de frottement violent, celui-ci peut se voir doublé,
  • constitué d’une cordelette neuve non dégraissée qui peut présenter un degré de glissement du nouage plus important, et par conséquent présenter une résistance légèrement moindre à la moyenne ici précisée de 970 DaN, on peut alors réaliser deux nouages de huit en plein poing consécutifs pour fermer cet anneau. Cette astuce simple et peu coûteuse, de lecture évidente pour tous, fait alors très rapidement passer la résistance nouée de l’anneau bien en deçà des 1100 DaN.

Mise en garde :

Il convient de rappeler que la cordelette Dyneema ne convient aucunement, eu égard à ses propriétés de glissement extrêmement élevé, à sa température de fusion basse, à sa classification comme cordelette et à son hyper-staticité :

  • pour la réalisation de systèmes de poulies largables, de faible ou forte angulation,
  • pour la réalisation de répartiteurs de charge.