Synthèse technique relative à l’usage des plaquettes Pulse en secours
Émetteur : Cellule de Veille Technique — Évacuation
Objet : Position du SSF concernant l’emploi des plaquettes Pulse pour la réalisation de répartiteurs de charge
1. Contexte
Des interrogations ont été formulées concernant la non-recommandation par le SSF des plaquettes Pulse (diamètres 8 mm / 12 mm) pour la réalisation de répartiteurs de charge en secours, compte tenu notamment :
– de leur certification EN 795 B,
– de retours d’utilisateurs satisfaits de leur emploi en répartiteur,
– d’avis de comparaison portés par quelques utilisateurs avec d’autres équipements couramment utilisés en matière d’ancrage.
La présente note a pour objectif de clarifier les éléments techniques ayant conduit à la position du SSF.
2. Limites normatives
La certification EN 795 B porte uniquement sur l’ancrage tel que conçu et mis sur le marché par le fabricant.
Elle ne valide pas l’association de cet ancrage avec son support réel d’utilisation — en l’occurrence, un support naturel, hétérogène, propre au milieu souterrain.
La roche peut présenter :
– une homogénéité variable,
– des fissures naturelles parfois invisibles,
– des zones altérées non détectables en surface.
À savoir sur ce point que, quelque soit le types d’ancrage, la portion de roche supportant l’ancrage échappe en grande partie à toutes possibilités ou presque de contrôle fiable.
3. Doutes et variabilité liés au caractère amovible
Les Pulse sont conçues pour être montées et démontées. Ces manipulations répétées, associées à la variabilité des roches, peuvent entraîner une usure progressive du trou et un jeu mécanique susceptible d’affecter la résistance à l’arrachement.
La réutilisation d’un trou existant lève plusieurs incertitudes :
– diamètre encore conforme ou déjà altéré ?
– trou cylindrique ou ovalisé ?
– niveau de qualité de la roche avant perçage, avec un facteur clé : un pré-sondage a-t-il bien été réalisé ou pas ?
Un principe élémentaire, connu et pratiqué de tout spéléologue posant un Spit, une Rainox ou une TAP Raumer, qui consiste — dans le pire des cas, y compris en l’absence volontaire ou non d’un pré-sondage — à se rendre compte par la phase d’expansion obtenue à coups de frappes à laquelle il ne peut se soustraire, d’un éventuel défauts de sonorité, attestant d’une faiblesse structurelle du support.
À l’inverse, l’installation d’une Pulse — qui ne requiert ni frappe ni expansion — ne fournit, en cas d’absence de pré-sondage (non préconisé d’ailleurs par le fabricant dans sa notice), aucun retour sonore sur l’état structurel du support.
Aucune de ces questions ne peut donc être vérifiée de manière fiable au moment d’envisager le réemploi d’un perçage déjà existant.
Le fabricant précise dans sa notice produit :
– usage prévu pour une seule personne — élément de précision qui interroge,
– dangers potentiels en cas de mauvaise utilisation — d’où la nécessité de ne pas inclure ces ancrages dans les lots secours,
– nécessité de vérifier l’état et les dimensions d’un trou existant — opération techniquement invérifiable,
– diminution notable de résistance en roche tendre — fait entendable non quantifiable,
En contexte de secours, pour garantir trois points sûrs lors de la mise en place d’un répartiteur au moyen de Pulse, l’équipier doit donc :
1. réaliser des contrôles visuels ou superficiels — bien insuffisants en pratique,
2. finir par percer trois nouveaux trous.
Cette situation, à l’inverse de l’argumentation du fabricant qui met en avant une pratique plus responsable grâce aux Pulse, conduit en pratique, à une multiplication des perçages, souvent dans des zones déjà fortement saturées en ancrages hétérogènes (têtes de puits, passages confinés, etc.).
4. Limites des essais réalisés
Les essais observés ici ou là avec des Pulse comme ancrages support d’un répartiteur secours,
bien que pertinents, restent :
– non normalisés, comme tous autres ancrages d’ailleurs dans nos pratiques spéléo ou Spéléo Secours,
– réalisés sur un nombre limité d’échantillons,
– dépendants d’un type de roche bien spécifique, à la cavité, a la région…
– sans simulation d’usure par cycles répétés.
Le simple fait d’énoncer avoir conduit des essais (pour ce cas des Pulse, et à l’identique pour toutes autres techniques) ne peut en soit suffire à justifier une adoption nationale systématique.
5. Cohérence des pratiques et homogénéité nationale
La doctrine SSF vise à :
– éviter la prolifération non coordonnée de types d’ancrages,
– maintenir une compatibilité durable entre pratiques et matériels,
– simplifier les procédures en opération,
– s’appuyer sur des dispositifs à la fiabilité éprouvée.
À ce titre, les Rainox et TAP, héritiers du Spit (introduit en spéléologie en 1960), bénéficient à ce jour de 65 ans de recul. Ils constituent pour le SSF une référence solide pour la mise en place de répartiteurs en contexte secours, notamment avec une possible réutilisation des chevilles implantés qui ne pose pas de problèmes majeurs (sous réserve des contrôles d’usage).
Au-delà de cela, depuis que le répartiteur de charge est prôné comme référence technique d’usage par le SSF pour tous types de manoeuvres secours impliquant le déplacement d’une civière, à savoir depuis 1996, aucun incident ou accident n’est venu remettre en cause cette règle.
Ces deux arguments affermissent la doctrine défendue par le SSF en matière d’ancrages.
6. Domaines d’emploi pertinents des Pulse
Les Pulse gardent toute leur pertinence pour des usages non critiques ou provisoires, tels que :
– mains courantes temporaires,
– accès pour installer un répartiteur de charge conforme au standard secours,
– escalades artificielles légères,
– aménagement ponctuel pour faciliter le passage de la civière
7. Position consolidée
Le SSF ne remet pas en cause la qualité intrinsèque du produit Pulse, mais il l’écarte de
l’usage secours pour les raisons suivantes :
– exigence de fiabilité maximale pour les points stratégiques de répartition de charge ;
– nécessité de garantir la durabilité mécanique de tout élément implanté dans la roche ;
– volonté d’éviter une diversification anarchique des ancrages ;
– préservation des cavités face à la multiplication de perçages mono-usage.
En conséquence :
Les Pulse ne sont pas recommandées pour la réalisation des répartiteurs de charge en secours. Et pour éviter un mauvais usage éventuel dans cette application, fautivement ou par méconnaissance le SSF recommande d’éviter d’inclure des Pulse dans les lots de secours départementaux.
Les Spits, Rainox et TAP restent les ancrages de référence pour tout entraînement, exercice ou opération réelle.